mercredi 7 janvier 2009

Communautarisme

Lindsay a parlé : elle ne se sépare pas du tout de Samantha d’abord, alors ça suffit ! Bon. Ouf ! L’angoisse dissoute, j’ai pu consacrer ma journée d'hier à d’autres activités.


Comme regarder sur you tube le discours de Barack Obama à Philadelphie du 18 mars dernier intitulé “A more perfect union” que je n’avais encore jamais entendu dans l’intégralité de ses 40 minutes. Magnifique texte, à mon avis plus par son contenu que par la manière dont il est délivré, mais néanmoins très bel exemple de discours politique inspiré, intelligent. Écrit en réponse au sermon jugé raciste du révérant Wright, ce discours est une défense de l’universalisme voulu par les pères fondateurs des états-Unis.


Le texte commence par un rappel historique du chemin parcouru par la communauté africano-américaine depuis l’esclavage jusqu’à aujourd’hui, pour en venir à la nécessité de dépasser le communautarisme et les rancunes du passé et ce, en se tournant plutôt, dit Barack Obama, vers les progrès accomplis depuis deux siècles et l’espoir que cela peut engendrer.

“What we have already achieved gives us hope - the audacity to hope - for what we can and must achieve tomorrow.”

S’il est important, dit-il, de prendre conscience des injustices subies par une communauté ce sont néanmoins les actes accomplis ici et maintenant dans l'intérêt de tous, la politique qu’il mettra en oeuvre s’il est élu, qui garantiront la continuité du progrès en cours.

“It requires all Americans to realize that your dreams do not have to come at the expense of my dreams; that investing in the health, welfare, and education of black and brown and white children will ultimately help all of America prosper.”

Nous devons tous nous réunir derrière des projets qui nous rassemblent et garantiront dans le futur la disparition des différences : l’éducation évidement, l’égalité devant la loi, la justice social... Ainsi les rêves des uns ne contrediront pas les rêves des autres.

“Let us find that common stake we all have in one another, and let our politics reflect that spirit as well.”

Comment ne pas être d’accord avec un tel programme ?



Philosophiquement j’ai toujours été profondément universaliste. J’ai toujours pensé que nous pouvions et donc devions nous rassembler, qui que nous soyons, d’où que nous venions, derrière un idéal universel qui n’a pas pour but d’être atteint mais visé - ce que Kant appel un idéal régulateur- qui seul peut nous permettre d’informer chacun de nos actes en l’orientant vers le bien commun, en l’occurrence “a more perfect union”, “une union plus parfaite”. Je ne dois pas réclamer une politique qui serve mes intérêts mais ceux de tous. L’idéal universaliste s’oppose à toute forme de communautarisme.

Pourtant, malgré l’enthousiasme que fait immanquablement naître ce discours, (enfin une défense de l’universalisme au pays de l’individualisme), et postérieurement l’élection de Barack Obama, une zone d’ombre ne cesse de me déranger au milieu de tout cet espoir. Malgré mon adhésion philosophique à l’universalisme, je ne peux m’empêcher de constater que le communautarisme pourrait bien rester indispensable pratiquement dans un monde politique imparfait. Et je ne peux ignorer que la réalité est venue confirmer mes doutes. Le lendemain de l’élection de Barack Obama, trois états américains apprenaient que des amendements limitant les droits des homosexuels avaient été votés en Californie, Floride et Arizona. Les sondages montrant que 70 % de la population noire de Californie avait voté pour la proposition 8, contre le mariage homosexuel. Enfin, en décembre, le premier président noir invitait le révérant Waren, ouvertement très homophobe, à parler au cours d’une des inaugurations qui sera probablement la plus suivis dans l’histoire des Etats-Unis. Et d’un seul coup tous se passe comme si ce merveilleux universalisme qui a saisit l'Amérique se révélait être pourvu d’oeillères. Alors ? Puis-je réellement croire que les rêves des autres ne verront pas le jour au dépend des miens ? Si je découvre que l’universalisme qu’on me propose ne m'inclut pas - Barack Obama s’est toujours opposé au mariage gay car sa foie catholique lui demande de le faire (!)- n’ai-je pas le droit de faire valoir un droit à ne pas disparaître dans le grand tout ?

Le problème avec l’universalisme c’est qu’il est à double tranchant. S’il est inclusif, il me permet de dépasser mon égoïsme vers un but supérieur. Oui, je peux comprendre que la justice sociale est plus importante que mon épanouissement financier, je peux saisir que notre bonne entente commune implique une limitation de mes droits individuels... Mais si cet universalisme n’est pas absolu, s’il est sous entendu par exemple, que ceux qui l’utilisent oublient de l’appliquer à des valeurs aussi fondamentales que la capacité à aimer, à protéger un être élu au sein d’un couple, à élever des enfants, à être protégé de toute forme de discrimination, alors l’outil se retourne contre ceux qui l’utilise mal, je ne dois plus rien à la société qui tente de m’ignorer, et refuse de m’écouter comme partie du tout, je suis libre de défendre mon intérêt particulier. On peut en effet argumenter que dans ce cas ce qui est visé n’est plus l'intérêt général mais un consensus. Il ne s’agit plus de déterminer raisonnablement Le bien commun mais d’obéir à la volonté du plus grand nombre, à cette communauté que forme la majorité. Pour en revenir à la philosophie, la volonté générale n’est pas la volonté de tous, or seule la volonté générale, où la minorité peut avoir raison contre le plus grand nombre, peut légitimer le contrat social qui m’a fait abandonner ma liberté individuelle pour devenir citoyen... Rousseau lui même admet, même si ce n’est pas souhaitable, “ Que s’il y a des sociétés partielles ils en faut multiplier le nombre et en prévenir l’inégalité(...)” - Du contrat social II,3- La thèse ici est que si un plus grand nombre de différences s'expriment alors on s'approche de l'universel.

Le problème et la beauté, de l’universalisme face au communautarisme -du principe de la morale kantienne face à l’individualisme- c’est qu’il demande à être utilisé par des hommes hors du communs dont on ne peut accepter la moindre faute, le moindre partis pris mal avisé. On ne peut évidement pas réclamer un sacrifice que l’on n’est pas prêt à faire, on ne peut me demander d’être raisonnable qu’au nom de la raison et certainement pas au nom de la loi du nombre ou pire encore de la religion !

Une société idéale devrait voir disparaître les communautarismes mais parce que chaque communauté se voit inclue en elle, inclue dans l’éducation qu’elle pourvoit, inclue dans la protection qu’elle apporte, inclue dans le rêve qu’elle construit.

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