Nous retrouvons avec plaisir les principaux protagonistes de cette longue saga commencée en 1990 et qui compte à ce jour 16 opus :
Benton le profiler, Marino, le flic en perpétuelle quête de rédemption, Lucy la “super-héroïne gay” et Kay Scarpetta la médecin légiste surdouée. Alors que les différente étapes préliminaires de l’affaire, le meurtre d’une personne de petite taille à New-York, nous sont décrites dans les moindres détails : premiers relevés d’indices, premiers interrogatoires, premières spéculations, chacun des personnages se voit offrir l’opportunité de nous faire entrer dans son monde, de faire le point sur sa vie et les conflits qui l’habite. On entre donc assez lentement mais en profondeur dans l’intrigue. Pour autant il est toujours aussi difficile de lâcher ce pavé surtout une fois franchit le cap du milieu du récit, et la fin vous verra immanquablement, comme à chaque fois chez Cornwell, dépasser l’heure à laquelle vous aviez prévu d’éteindre la lumière.L’un des gros points forts de ce récit pour moi c’est surtout d’avoir, cette fois, laissé une vraie place à Lucy Farinelli la nièce de Scarpetta, génie de l’informatique ancien agent du FBI et de l’ATF devenue millionnaire. Solitaire, blessée, parfois violente et ayant un rapport à l’autorité et à la loi souvent problématique, Lucy semble avoir enfin atteint un début de maturité qui lui permet de jouer un rôle crucial dans cette histoire. Pour les lecteurs que cela commençait à agacer de la voir traverser les romans de façon erratique, voici venu le temps de vous réconcilier avec l’univers cornwellien.
Alors oui, Cornwell est toujours fasciné par les armes à feu, elle a toujours tendance à vouloir faire la leçon et il est assez évident qu’elle est totalement paranoïaque. Mais d’une part, elle est désormais contre la peine de mort, vote démocrate et est officiellement mariée dans le Massachusetts à une autre femme et d’autre part, il est assez fascinant de voir à quel point ce sont les zones d’ombres de la propre vie de Cornwell qui habitent ses personnages.
Abandonnée par son père, puis sa mère dépressive, Cornwell est élevée par une famille d’accueil du sud profond alors qu’elle fréquente Ruth et Bill Graham les pasteurs évangélistes ultra -conservateurs. A la fac elle épouse un de ses professeur de 17 ans son aîné puis commence sa carrière dans le milieu des forces de l’ordre. En 90, à 35 ans, elle écrit son premier livre Postmortem acclamé par la critique et s’abonne à la liste des best-sellers pour quelques années. Millionnaire du jour au lendemain, impliqué dans une sombre affaire avec une agente du FBI mariée, sujette à des troubles de l’humeur, paranoïaque, alcoolique, elle est emportée par une spirale qui se termine par un grave accident de voiture en 94. Diagnostiquée maniaco-dépressive, elle commence un traitement au lithium et dit elle-même se sentir mieux. Cependant en 96 le maris de l'agent du FBI avec qui elle a eu une affaire prend sa femme, et plusieurs personnes, en otage avec l’intention de tuer tout le monde mais échoue : Cornwell ne se déplace plus qu’avec une armée de garde du corps, vit cloîtrée chez elle. Enfin, après quelques années de productions littéraires peu convaincantes, elle rencontre le docteur Gruber, une scientifique en neurosciences de Harvard qui étudie le cerveau des psychopathes et qui devient sa femme en 2005. Patricia Cornwell a alors changé d’avis sur la peine de mort, devient une fervente partisane du mariage homosexuel et vote désormais démocrate.
On comprend donc bien qu’il y a probablement autant de Cornwell dans le personnage de Scarpetta que dans celui de Lucy dont le comportement s’est souvent révélé pathologique. Scarpetta représente l'alter ego posé, scientifique qui observe et raconte et Lucy l'alter ego génial mais émotionnellement cassé, violent, égocentrique, convaincue de sa supériorité et accessoirement homosexuelle : un concentré de ce que Cornwell sait être problématique dans sa personnalité ou qu'elle a eu du mal a accepter. Il est assez évident que la fascination perceptible au sein des romans pour la violence, les perversions, les armes à feu, la sécurité, le vol d'identité est bien en prise direct avec les déséquilibres et les circonstances de la vie de leur créatrice, ce qui à mon sens leur donne une autre dimension.
Mise à part quelques ratés au début des années 2000 (le désastreux Blow fly en 2003, son enquête sur Jack the ripper...), Cornwell ne se tient pas à distance de ce qu’elle écrit, elle s’y plonge entièrement, et nous fait partager ainsi une expérience parfois déroutante, ambiguë mais authentique.
Premiere ligne : "Brain tissue clung like wet, gray lint to the sleeves of Dr. Kay Scarpetta's surgical gown, and the front of it was splased with blood. (...)"

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire